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Maulde fait partie du secteur fortifié de l’Escaut. Ce secteur est occupé par un régiment d’infanterie de forteresse : le 54e régiment. Ce régiment comprend trois compagnies : la 106, 107 et 108e Compagnie d’Equipage d’Ouvrage (C.E.O). il est commandé par le lieutenant colonel Delcure. Le 54e régiment est une émanation du 43e Régiment d’Infanterie de Lille et est composé de nombreux réservistes originaires de la région valenciennoise. C’est la 107e compagnie qui occupera le môle fortifié en ce qui concerne l’Infanterie. Le 106e régiment d’artillerie de Douai fournira les artilleurs.
Le capitaine Michelet, commandant le fort est un homme énergique, mais qui sait fermer les yeux quant il le faut. La discipline est assez souple, il n’est pas rare que les familles des soldats rendent visite à l’intérieur de fort. Le capitaine Michelet ne reste pas cependant inactif et fait compléter les défenses de l’ensemble : pose de champs de mine, de barbelés ... Il lui arrive même de se heurter à l’inertie de ses supérieurs : « J’avais tout de suite fait dégager tout le champs de tir et ceci m’avait amené à sacrifier certains vieux acacias qui ornaient la cour intérieure et les dessus du fort lui-même, deux ou trois pépinières au milieu desquelles se trouvaient deux casemates, ainsi que les jeunes arbres que le génie local avait planté en rang d’oignons sur les déblais des fossés antichars et qui gênaient le tir. Cette initiative m’avait valu un accrochage des plus sévères avec le commandant du génie du secteur fortifié de L’Escaut qui me l’a reproché en termes véhéments sous prétexte que l’on avait bien le temps de faire ce travail lorsqu’on sentirait l’ennemi approcher, si cela devait se produire. Cette question a été tranchée par le général de la laurencie, commandant alors le 3e corps d’armée qui lui m’a donné un bataillon de travailleurs pour parfaire le travail. »
Comme il a été dit, la 107e C.E.O étant composée de nombreux réservistes. Hormis les services de garde des casemates satellites, les soldats avaient de nombreuses permissions. Dans la cour intérieure, les soldats jouaient au football et au volley-ball. L’équipe de foot du fort comprenait de nombreux joueurs professionnels et fut champion de la S.F.E en battant le 31 mars 1940 (par le score de 4 but a 1) l’équipe de la 106e C.E.O . La mascotte de cette équipe était un chien bâtard appelé « la classe ». Les entraîneurs étaient le lieutenant Crenn et l’aspirant Fady.L’avant centre de cette équipe Jean Lectez, était en même temps cuisinier. Le capitaine l’avait puni en même temps que le soldat de 1ere classe Lambert pour avoir fait le mur ou plutôt les fossés afin d’aller danser à la ducasse de Mortagne.
Les deux soldats avaient été arrêtés par les gardes mobiles et ramenés au fort. Le Capitaine Michelet avait cassé le 1ere classe Lambert et infligé 15 jours de prison au 2eme classe Lectez.
Peu de temps après, le capitaine Michelet faisant une ronde d’inspection, va aux cuisine de la troupe et s’adresse à Lectez :
« Je peux avoir de la soupe ?
- Non mon capitaine.
- Pourquoi, je ne peux pas avoir de la soupe ?
- Pourquoi vous ne pouvez pas avoir de la soupe ? parce que ici c’est pour les soldats, c’est pas pour les officiers, allez au mess. »
Lectez n'a pas sa langue dans sa poche, il est excellent cuisinier et de plus le meilleur buteur de l'équipe de football, il continue :
"Vous vous en foutez pas mal, vous croyez que parce que j'ai été danser, vous m'avez mis 15 jours de prison, alors je veux bien vous en donner de la soupe mais a une seule condition, vous me signez pour lambert et moi une permission jusqu'à 23 heures et pour tous les jours, alors la oui vous aurez de la soupe, je vous en donnerai"
Le Capitaine Michelet, qui connait bien son monde, sourit, accepte, et mange la soupe !
Le dimanche, de nombreux soldats rentraient chez eux, mais la commande de patisserie était toujours faite pour une compagnie compléte. Au foyer un phonographe égrenait les rengaines de l'époque, la chanson préférée était :
"Du gris que l'on prend dans ses doigts,
Que l'on roule
Que c'est bon
Que c'est fort
Ca vous saoule, ....."
Pour le "Père Cent" , les anciens veulent organiser une petite fête, , une petite délégation va trouver le capitaine pour en obtenir la permission. Le capitaine Michelet observe les soldats et leur dit :
" Je vous donne 48 heures, mais à condition que vous déblayez le tas de sable sur le bastillon de l'entrée alors à ce moment vous aurez ma permission ! "
Le tas de sable fait plus de 2 mètres de hauteur ... Les soldats se regardèrent décontenancés, l'un d'eux réplique :
"Nous les anciens on se place en haut, on laisse les bleus en bas, on jette le sable et les bleus l'enlèvent alors la nous irons assez vite !..."
Le Capitaine Michelet est d'accord, le tas de sable a été bien vite mis en bas et le village de Maulde se souvient encore du Père cent (peut-être plus de nos jours ...)
Les Officiers n'étaient pas en reste non plus, le Capitaine Michelet invitait souvent à dîner les officiers des régiments proches, et le mess connut de joyeuses réunions. Le Lieutenant Meunier, extérieur au fort, souvent s'amusait après le repas à casser la vaisselle et invitait les autres officiers à en faire autant. Jeu innocent, mais pas pour tout le monde, le père du lieutenant tenait une faïencerie à Saint Amand, il faut bien faire vivre la famille disait-il...
C'est durant cette période que l'on va tenter de rejoindre le fort et les casemates satellites par des souterrains. L'adjudant chef Maurice Granger du Génie va s'employer à cette tâche avec quelques hommes peu motivés et peu de matériel. Le terrain est sablonneux et humide, Les souterrains s'éboulent, et les soldats Auguste Malbrant et Désiré Debarge sont enterrés vivants. On s'active, on déblaie, les deux soldats sont commotionnés, mais sortent vivants de la sape. Cette tentative sera la dernière, les souterrains sont abandonnés...
Ainsi ce passe la vie au fort de Maulde. Un esprit de corps se crée, les 150 hommes de la 107ieme C.E.O se connaissent maintenant, se sont entraînés, ont confiance dans leurs armements et attendent l'ennemi.
En décembre 1939, le Capitaine Michelet est muté a Saint Cyr et le lieutenant de réserve Schwengler qui vient d'être nommé capitaine prend le commandement du fort.
Charles Schwengler est originaire de Saint Amand les eaux. Il fait de brillantes études et devient ingénieur, il est employé aux A.N.F de Crespin. il termine son service militaire comme sous lieutenant au 15ieme Régiment d'artillerie de Douai .
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